Paroles vivantes · Extrait de Lecture
De son aspect et de sa nature
Dans cet article
Traces lumineuses du Bien-Aimé ﷺ — X
لَقَدْ جَاءَكُمْ رَسُولٌ مِّنْ أَنفُسِكُمْ عَزِيزٌ عَلَيْهِ مَا عَنِتُّمْ « Certes, un Messager pris parmi vous est venu à vous : lourd lui est ce que vous endurez. » — Coran 9:128
Ce chapitre porte un nom dans la tradition : la ḥilya, la description. Les anciens la recopiaient, la faisaient calligraphier et l’accrochaient chez eux. Ils tenaient qu’un cœur qui se représente le Bien-Aimé ﷺ avec précision l’aime davantage, et qu’un cœur qui l’aime davantage le suit mieux.
La stature
Il n’était ni grand ni petit, mais de taille moyenne lorsqu’il marchait seul. Un phénomène étonnant est pourtant rapporté par plusieurs témoins : lorsqu’un homme de haute stature marchait à ses côtés, il paraissait aussi grand que lui ; lorsqu’il marchait entre deux hommes de grande taille, il les égalait ; et dès qu’ils s’éloignaient, ils redevenaient grands et lui de taille moyenne.
Il disait : « Tout le bien a été placé dans la mesure moyenne. »
Le teint et le visage
Son teint était azhar, éclatant : ni brun ni d’une blancheur crue, mais cette clarté pure que nulle autre couleur ne vient troubler. Son oncle Abū Ṭālib le chanta en évoquant un visage dont la blancheur appelait la pluie des nuages, et qui était le pâturage des orphelins et l’abri des veuves.
La sueur de son front brillait comme des perles et embaumait plus délicatement que le musc le plus fin.
Son front était large, ses sourcils longs et arqués, et l’espace entre eux brillait comme de l’argent pur. Ses yeux étaient grands, la pupille noire traversée de fines veinures rouges, les cils longs et fournis. Le haut de son nez était légèrement courbé, la ligne droite. Ses dents étaient espacées, et lorsqu’il riait elles resplendissaient comme la lumière.
Il avait les plus belles lèvres, la bouche la plus délicate au repos, des joues gracieuses, un visage ni rond ni allongé. Il laissait pousser sa barbe, épaisse, et taillait sa moustache. Son cou, ni long ni court, était le plus beau des cous ; la part exposée au soleil et au vent évoquait une carafe d’argent trempée d’or.
Tous ceux qui ont tenté son portrait ont fini par le comparer à la pleine lune. Abū Bakr aṣ-Ṣiddīq, que Dieu soit satisfait de lui, le résuma en deux vers : loyal et élu, il appelle à la Vérité, semblable à la clarté de la pleine lune qui chasse l’obscurité.
La chevelure
Sa chevelure n’était ni raide ni crépue ; peignée, elle prenait le grain du sable. Certaines relations la disent tombant aux épaules, la plupart la situent au lobe de l’oreille. Il la nouait parfois en quatre nattes, chaque oreille apparaissant alors entre deux. Il comptait dix-sept cheveux blancs, dans les cheveux et la barbe réunis, et pas un de plus.
Le buste et les mains
Sa poitrine était large et unie comme un miroir, blanche comme la lune. Une ligne de poils, fine comme la lame d’une épée, descendait du haut de la poitrine au nombril ; ailleurs, le torse et le ventre en étaient dépourvus. Ses épaules étaient puissantes, ses grandes articulations bien revêtues de chair, son dos large.
Entre ses deux épaules, près de l’épaule droite, se trouvait le Sceau de la prophétie, un grain de beauté sombre tirant sur le jaune, entouré de poils, que les descriptions comparent à un œuf de colombe.
Ses avant-bras étaient robustes, ses paumes larges, ses doigts longs comme des baguettes d’argent. Sa paume était plus douce que la soie et parfumée comme celle d’un parfumeur, qu’il se fût parfumé ou non. La main de qui lui serrait la main gardait ce parfum tout le jour ; et lorsqu’il posait sa main sur la tête d’un enfant, on reconnaissait celui-ci entre tous à l’odeur de ses cheveux.
Sa constitution demeura ferme jusqu’à la fin : à l’approche de sa mort, sa chair était aussi tenue qu’au temps de sa jeunesse, et le poids des années ne lui fit aucun mal.
La démarche
Il avait le pas cadencé, marchait légèrement penché en avant, à petits pas, sans la moindre affectation.
Il disait : « Je suis celui qui ressemble le plus à Adam, et mon père Abraham est celui qui me ressemble le plus, physiquement et moralement. »
Méditation
On demandera pourquoi la tradition a conservé, avec ce degré de minutie, la forme des cils et le nombre des cheveux blancs.
La réponse tient en une observation : on ne retient de cette manière que ce qu’on aime. La ḥilya n’est pas un dossier signalétique, c’est le regard de compagnons qui n’arrivaient pas à détourner les yeux, et qui ont voulu transmettre à ceux qui viendraient après eux de quoi le voir encore.
Et sous chaque détail, une même note revient : la lumière. Les dents qui resplendissent, le front d’argent, la poitrine de lune, la sueur de perles, le parfum qui demeure sur la main après la poignée de main. Le corps béni est décrit comme un lieu où quelque chose transparaît.
C’est pourquoi la ḥilya appartient aux disciplines de l’amour et non à celles de l’érudition. On ne l’apprend pas pour savoir. On l’apprend pour être présent.
D’après Abū Ḥāmid al-Ghazālī, Iḥyāʾ ʿulūm ad-dīn, livre des convenances de la vie et des caractères prophétiques. Les vers d’Abū Ṭālib et d’Abū Bakr sont rendus en français dans le sens, et non dans la forme.
اللهم صل على سيدنا محمد وعلى آله وصحبه وسلم