Paroles vivantes · Extrait de Lecture
De son caractère et de son éthique à table
Dans cet article
Traces lumineuses du Bien-Aimé ﷺ — III
وَكُلُوا وَاشْرَبُوا وَلَا تُسْرِفُوا « Mangez et buvez, et ne commettez pas d’excès. » — Coran 7:31
Aucun chapitre de la sunna n’est aussi souvent réduit à une liste de préférences alimentaires. Aucun n’est pourtant aussi révélateur d’une manière d’habiter le monde.
Le repas est d’abord une assemblée
Son plat préféré était le dafaf : celui autour duquel se tendaient de nombreuses mains. Non pas un mets, mais une configuration. Ce qu’il aimait dans la nourriture, c’était le nombre de convives.
Il s’asseyait en tailleur, à même le sol. Il ne mangeait pas ce qui était brûlant, disant qu’il n’y avait pas de bénédiction en cela. Il mangeait de ce qui se trouvait devant lui, se servait de trois doigts de la main droite et s’aidait parfois d’un quatrième.
Quand on dressait la table, il disait :
« Au nom de Dieu. Ô mon Dieu, fais que ce soit une nourriture bénie, qui conduise à la faveur du Paradis. »
Ce qu’il aimait
Parmi les fruits : les dattes fraîches, le melon, le raisin. Le plus souvent, son repas se réduisait à des dattes et de l’eau. Les dattes accompagnées de lait, il les nommait al-aṭyabān, les deux meilleures.
Parmi les mets, il aimait la viande, qu’il appelait le seigneur des repas des deux mondes. Il mangeait du tharīd, ce pain trempé dans le bouillon, avec de la viande et de la courge. Il aimait particulièrement la courge et disait qu’elle était la plante de son frère Jonas, la paix sur lui.
Il mangeait du pain et du beurre, appréciait l’avant-bras et l’épaule du mouton. Parmi les assaisonnements, le vinaigre ; parmi les dattes, la variété ʿajwa. Parmi les légumes verts : l’endive, le basilic de montagne et le pourpier.
Ce qu’il écartait
Il ne mangeait pas les rognons, en raison de leur proximité avec l’urine, et écartait sept parties des ovins : l’organe mâle, les testicules, la vessie, la vésicule, le goitre, l’organe femelle et le sang.
Il ne mangeait ni ail, ni oignon, ni poireau. Il n’aimait ni la viande de lézard ni la rate, sans pour autant les déclarer illicites. La distinction mérite d’être retenue : son dégoût personnel n’est jamais devenu une loi.
Les gestes de la fin
Il nettoyait le plat de ses doigts et disait que la dernière portion est la plus bénie. Il léchait ses doigts jusqu’à ce qu’ils rougissent. Puis il disait :
« Louange à Dieu. Ô mon Dieu, à Toi revient la louange. Tu as nourri et rassasié, Tu as abreuvé et désaltéré. Louange à Toi, qui ne peux être nié, qui demeures éternellement présent et dont nul ne peut se passer. »
Après le pain et surtout la viande, il lavait soigneusement ses mains et se rinçait le visage avec l’eau restante.
Il buvait en trois fois, invoquant le Nom de Dieu avant chaque gorgée et Le louant après. Il aspirait l’eau au lieu de la boire d’un trait. Il ne soufflait jamais dans le récipient : il se détournait sur le côté. Ce qui restait de sa nourriture, il le tendait à celui qui se trouvait à sa droite.
Méditation
Rien ici n’est de la diététique. Tout est de l’adab.
Le repas prophétique commence par un Nom et s’achève par une louange. Entre les deux, chaque geste est orienté : vers le partage, vers la mesure, vers le respect de ce qui a été donné. La nourriture n’est pas consommée, elle est reçue.
Nous mangeons debout, seuls, distraits, en regardant un écran. Le retour à une seule de ces convenances — s’asseoir, nommer, ralentir, partager — suffit à transformer un besoin en acte d’adoration.
D’après Abū Ḥāmid al-Ghazālī, Iḥyāʾ ʿulūm ad-dīn, livre des convenances de la vie et des caractères prophétiques.
اللهم صل على سيدنا محمد وعلى آله وصحبه وسلم