Paroles vivantes · Extrait de Lecture
De son pardon, alors qu’il avait le pouvoir de ne pas pardonner
Dans cet article
Traces lumineuses du Bien-Aimé ﷺ — V
خُذِ الْعَفْوَ وَأْمُرْ بِالْعُرْفِ وَأَعْرِضْ عَنِ الْجَاهِلِينَ « Accepte ce qui t’est offert de bon gré, ordonne le convenable et détourne-toi des ignorants. » — Coran 7:199
Le titre de ce chapitre contient déjà toute sa doctrine. Le pardon n’a de valeur que là où le châtiment était possible. Un homme sans pouvoir qui renonce à la vengeance ne pardonne pas : il subit. Le Prophète ﷺ, lui, pardonnait en pleine possession des moyens de ne pas le faire.
Cinq offenses, cinq réponses
Il fut traité d’injuste. On voulut le tuer. On l’empoisonna. On exerça contre lui des rites magiques. On le trahit. À chacune de ces cinq atteintes, la réponse fut de la même famille : la bonté et la convenance.
À celui qui l’accusa d’injustice, alors que ses compagnons s’emportaient, il dit simplement : « Ramenez-le-moi gentiment. »
Celui qui tenta de le tuer repartit vers les siens en disant : « Je viens de chez le meilleur des hommes. »
À celle qui l’empoisonna, on demanda qu’on lui tranchât la tête. Il répondit : « Non. »
Celui qui usa de sorcellerie contre lui ne sut jamais qu’il avait été découvert. Le Prophète ﷺ défit l’ensorcellement et ne lui en dit rien. Cette discrétion est peut-être le sommet du chapitre : il ne se contenta pas de pardonner, il épargna à l’homme la honte d’être connu.
À celui qui le trahit, il rappela le bien qu’il avait accompli autrefois, et dit espérer pour lui l’absolution de Dieu.
La poitrine sereine
Il disait à ses compagnons :
« Que nul d’entre vous ne me rapporte quoi que ce soit de défavorable au sujet d’un autre, car j’aime sortir vers vous la poitrine sereine. »
La phrase renverse notre rapport à l’information. Nous croyons qu’il faut tout savoir pour bien juger. Il enseigne qu’il y a des choses qu’il vaut mieux ne pas apprendre, parce que la connaissance d’un tort installe une ombre entre deux visages, et que cette ombre coûte plus cher que ce qu’elle protège.
Méditation
Le pardon prophétique n’est pas un tempérament doux. C’est une décision répétée, prise chaque fois contre l’évidence de son droit.
Il comporte quatre degrés que ce chapitre laisse voir : renoncer à punir, puis répondre par le bien, puis taire l’offense pour épargner l’offenseur, puis prier pour lui.
Nous nous arrêtons généralement au premier, et nous appelons cela pardonner. Il reste trois marches.
D’après Abū Ḥāmid al-Ghazālī, Iḥyāʾ ʿulūm ad-dīn, livre des convenances de la vie et des caractères prophétiques.
اللهم صل على سيدنا محمد وعلى آله وصحبه وسلم